Dialogo è accettare l'altro come è e come egli stesso si definisce e si presenta a noi, di non cessare di essere se stessi mentre ci si confronta con il diverso, di essere consapevoli che la nostra identità esce arricchita e non sminuita da chi di questa identità non accetta alcuni elementi, magari anche quelli che noi riteniamo fondamentali. La riconciliazione è possibile, tra i cristiani e nella compagnia degli uomini. (Enzo Bianchi, priore della Comunità di Bose)


Les clés numériques du chinois

di Eléonore Sulser

«Le Grand Ricci numérique», un monument sinologique et informatique paraît. Beau comme la rencontre d’un lettré de la Renaissance et de l’informatique, riche comme le dialogue entre Chine et Occident

Mardi 11 mai, au Musée de Shanghai (Shanghai Museum), a eu lieu un événement discret mais d’une haute portée symbolique pour les rapports entre la Chine et le reste du monde: la première présentation officielle du Grand Ricci numérique; un formidable dictionnaire sur CD-Rom, somme encyclopédique du chinois vers le français, produit d’une aventure savante, scientifique et humaine remarquable qui plonge ses racines dans l’histoire de la Chine et de ses rapports avec l’Occident.

Ce 11 mai n’était pas une date choisie au hasard: elle marque le 400e anniversaire de la mort du jésuite Matteo Ricci, grande figure historique des premiers échanges intellectuels entre l’Europe et l’Empire du Milieu. «Depuis le début de l’aventure, à la fin des années 1940, environ 200 experts chinois, français, suisses, belges, américains ont travaillé à sa réalisation, note, depuis Shanghai, la sinologue Elisabeth Rochat de la Vallée de l’Association Ricci. Ce sont des sinologues pour la plupart; mais il ne faut pas oublier les experts en informatique dont Pierre Mellier et Amnon Yaïsh sont les grands représentants.»

Certes, l’histoire étonnante de ce dictionnaire avait déjà connu une première apothéose en 2001, lors de la parution du Grand Ricci «papier» (Grand Dictionnaire Ricci de la langue chinoise, Instituts Ricci de Paris et Taipei/Desclée de Brouwer), une somme en sept volumes. Avec ses quelque 13 300 caractères, recensés sous leur forme traditionnelle ou telle que simplifiée au XXe siècle, mais aussi déclinés dans leurs occurrences étymologiques jusqu’aux versions antiques figurant sur des bronzes ou des écailles de tortue; avec ses 300 000 expressions ou mots composés; avec ses transcriptions phonétiques en caractères romains en versions ­Wade-Giles et pinyin, ce dictionnaire s’imposait déjà comme le plus important jamais paru dans une langue occidentale à partir du chinois. C’était considérable.

Or sa version numérique, disponible depuis la mi-avril, est de nature à révolutionner les pratiques sinologiques. L’informatisation d’une telle somme scientifique ouvre une ère de confort et de rapidité que les sinologues n’ont jamais connue. La recherche d’un caractère dont on ignore la prononciation dans un dictionnaire de papier – surtout s’il compte sept volumes! – est fastidieuse: il faut repérer la racine du caractère, la chercher dans une liste, puis compter le nombre de ses traits afin de le retrouver dans une nouvelle liste, pour être finalement renvoyé à la page où se trouve sa définition.

Opérations réalisables désormais d’un clic si l’on dispose du caractère sous sa forme électronique ou, grâce aux multiples fenêtres de l’interface numérique, sans plus manipuler de pesants volumes. Le sens et l’histoire d’un mot, ses graphies, ses usages, sa prononciation s’affichent immédiatement et presque simultanément à l’écran. Tout cela offre une nouvelle profondeur de champ aux spécialistes. «Les multiples façons de trouver un caractère sont très utiles à ceux qui ne sont pas sinologues, ajoute Elisabeth Rochat de la Vallée, mais qui veulent avoir des informations complètes et fiables sur le sens d’un caractère, ses usages anciens, voire même ses formes archaïques, etc. Par exemple, les praticiens de médecine chinoise peuvent y trouver facilement un caractère qui représente une notion clef de leur art et avoir un panorama complet des sens de ce caractère.»

Pour les Occidentaux, le monument lexical qu’est le Grand Ricci est une manière de pénétrer encore plus avant au cœur de la fabrique de la pensée chinoise elle-même, voie que l’apport numérique élargit. Rien d’étonnant à ce que les premiers concepteurs de ce dictionnaire l’aient placé d’emblée sous le parrainage historique du père Matteo Ricci.

Ce jésuite italien, arrivé en Chine en 1583, a d’abord, comme ses pairs, été cantonné dans les marges de l’Empire près de Macao, sur la côte sud. Pas questions pour ces «bonzes chrétiens» – les missionnaires étaient alors assimilés à des moines bouddhistes, religieux souvent nomades et mendiants, plutôt mal vus – de venir répandre leur doctrine au cœur de l’empire des Ming. Patiemment, Matteo Ricci apprendra le chinois et comprendra que si les chrétiens veulent avoir leur chance en Chine, il leur faut s’appuyer sur le savoir, partager les connaissances occidentales avec leurs hôtes chinois. Il faut cultiver une image et des qualités de «lettré» afin de parvenir à se hisser au sommet de la hiérarchie sociale chinoise. En 1601, Matteo Ricci est finalement invité à Pékin et fascine l’empereur et la cour par sa compréhension subtile du monde chinois, ses connaissances en astronomie, en mathématique, ses traductions de textes occidentaux et ses écrits. Il sera notamment, le traducteur des Eléments d’Euclide vers le chinois. La bienveillance de l’empereur envers Matteo Ricci sera telle que, après sa mort en 1610, il sera enterré à Pékin, honneur sans précédent pour un prêtre occidental. Grâce à lui, les jésuites prennent pied en Chine.

Mais en 1949, à l’arrivée de Mao et des communistes, les jésuites sont expulsés du continent. Ils se replient vers Macao, Hongkong, Taïwan. Là, ils font le projet de créer un grand dictionnaire du chinois vers plusieurs langues occidentales, dont le français, l’espagnol et le hongrois. Les pères se mettent au travail, avec des assistants chinois. Des milliers de fiches sont compilées, des citations vérifiées. Le travail, très vite, s’avère gigantesque. D’autant que les experts se succèdent et que leurs méthodes évoluent sans cesse.

Après les initiateurs du projet, les pères Zsamar et Deltour, d’autres sinologues prennent le relais. Dans les années soixante, le programme – qui verra, en 1976, la publication vers le seul français d’un «petit» Ricci en un volume, puis du «grand» Ricci encyclopédique – est fixé. L’effort ne se relâche pas: «La grande force de tous ceux qui ont fait ce dictionnaire, note Michel Deverge de l’Association Ricci, c’est qu’ils n’avaient pas l’idée de profit en tête.» La passion, en effet, est le maître mot. Et chacun amène son savoir au dictionnaire. Les pères Lefeuvre et Camus développent le projet en lui apportant, pour le premier, les lumières d’un spécialiste des caractères antiques, pour le second, dès les années 1980, l’exploration de la voie informatique. Puis le père Larre reprend le flambeau. Comme ses prédécesseurs, il est en quête de mécènes et de solutions techniques, notamment informatiques. Passant par Lausanne vers le milieu des années 1990, il y rencontre François Grize, qui dirige l’Institut d’informatique de la Faculté des sciences. Il lui confie ses disquettes. Le doctorant Pierre Mellier tombe alors sur ce curieux matériel: «J’ai consulté ces données par pure curiosité, un peu comme on résout un rébus, se souvient le chercheur lausannois, qui entre alors dans la grande aventure du Ricci. Elles avaient été saisies à Taipei, sous la direction du père Camus. C’était un sacré bazar!»

Le travail lexical est titanesque, l’effort informatique qui va permettre la publication papier du Grand Ricci, puis sa version numérique, l’est aussi. Faire cohabiter dans un même fichier des caractères chinois et des lettres du français est un défi. «Nous avons souvent poussé les techniques d’utilisation du multilinguisme en informatique à leurs limites, ayant la mauvaise idée de précéder toujours de quelques années les évolutions des outils, ce qui nous a valu beaucoup de travail et de soucis», note de son côté ­Amnon Yaïsh, devenu le responsable informatique du projet. Sans parler de la masse incroyable de données à mettre en relation: «Travailler sur le Grand Ricci, c’était un peu comme piloter un paquebot, vu la masse de données en jeu. Certaines opérations nécessitaient jusqu’à 40 heures de calculs, raconte Pierre Mellier. On priait pour qu’il n’y ait pas de panne de courant.»

«Nous allons tout mettre en œuvre pour continuer le développement tant du contenu que des outils de consultation et de diffusion. Quand nous serons trop vieux, d’autres prendront la relève», note Amnon Yaïsh, qui espère que les mécènes privés et publiques suivront eux aussi.


Fonte:

LeTemps livres

15 maggio 2010